L’ensemble des organisations syndicales avaient dénoncé ce texte
Une proposition de loi (PPL) a été déposée par des “sénateurs centristes” en 2025 en réponse à un lobbying patronal intensif pour « permettre aux salariés de certains secteurs de travailler le 1er mai », c’est-à-dire en fait : revenir sur le principe du 1er mai comme seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré.
Le gouvernement n’a rien trouvé de mieux que de déclencher la procédure accélérée. Adopté au Sénat, l’Assemblée nationale n’a pas pu le 22 janvier dernier, adopter cette proposition de loi portée par la droite, l’extrême droite et une partie du bloc gouvernemental. L’ensemble des organisations syndicales avaient dénoncé ce texte, la CGT avait interpellé l’ensemble des parlementaires (hors extrême droite) et organisé un rassemblement initié par la fédération du Commerce devant l’Assemblée nationale le 22 janvier dernier. Revanchards, les députés de la majorité présidentielle (EPR) et LR veulent remettre cette PPL à l’ordre du jour dans la niche parlementaire du 10 avril.
Une première brèche pour nous voler un jour de repos rémunéré
Cette proposition de loi prévoit d’étendre la dérogation aux « commerces de bouche » (boulangeries, boucheries, traiteurs, etc.), aux commerces de vente alimentaire au détail (primeurs mais aussi supermarchés), aux fleuristes et aux établissements culturels (cinémas, musées…). Elle a donc vocation à concerner des centaines de milliers de salarié·es de ces secteurs, et ouvre en plus une brèche dangereuse.
Prétendument à destination des petits commerçants, cette PPL introduirait une concurrence à la faveur des grands groupes – c’est la loi Carrefour-Interflora !
Le Code du travail prévoit non seulement déjà le travail salarié dans des secteurs qui ne peuvent pas s’arrêter (hôpitaux, transports publics, électricité…), mais autorise par ailleurs les petits commerçants à ouvrir le 1er mai, à la seule condition de ne pas faire travailler de salarié·es. Ce sont donc les seuls qui peuvent ouvrir actuellement ; étendre la dérogation du travail salarié le 1er mai c’est introduire en fait une distorsion de concurrence par les grands groupes.
Autrement dit, non seulement les petits commerces indépendants de proximité n’ont pas besoin de cette PPL mais celle-ci va se retourner contre eux ! Prise au nom de la boulangerie du coin et de fleuriste de quartier, ce qui est proposé en fait c’est la loi “InterFlora, Marie Blachère, Grand frais, Carrefour”…
« L’insécurité juridique », un prétexte pour étendre la dérogation
Pour justifier leur empressement à s’attaquer au 1er mai, le grand patronat et les parlementaires qui défendent la proposition de loi mettent en avant l’insécurité juridique. En cause le fait qu’actuellement les établissements concernés par la dérogation (ceux « qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent pas interrompre le travail ») ne sont pas listés et qu’il existerait une ambiguïté pour les employeurs.
Rappelons d’abord que l’insécurité juridique est à relativiser au vu des 3 boulangeries sanctionnées en 2025 sur 35.000… qui ont d’ailleurs été dispensées d’acquitter les amendes. Ensuite, si le gouvernement estime que ces établissements actuellement visés par la loi ont besoin d’être précisés, libre à lui de prendre un décret, sur la base de la loi existante, pour lister les quelques activités concernées par le travail du 1er mai. Il n’y a aucun besoin de modifier la loi, encore moins de l’étendre. Pire finalement, on justifie d’assouplir la loi existante parce qu’elle ne serait pas respectée, on récompense donc une infraction !
En vérité, l’intention n’est pas de sécuriser mais bien d’étendre la dérogation et de remettre en cause l’exceptionnalité qu’est le 1er mai.
L’illusion du volontariat et des majorations
Pour nous attirer on nous parle de majorations, et pour nous rassurer on prévoit le volontariat… Or l’expérience de la banalisation du travail le dimanche nous apprend qu’une fois que le travail se normalise il n’y a très vite plus de majorations.
Aujourd’hui les salarié·es qui travaillent déjà le 1er mai, dans les secteurs nécessaires pour faire société, autorisés par la loi actuelle, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent pas interrompre le travail (hôpitaux, pompiers, industrie lourde, énergie…) ont souvent le droit à des contreparties et majorations, parfois payés “triple”, qui risquerait d’être remis en cause si les dérogations sont élargies. La proposition de loi actuelle prévoit quant à elle d’être payé “double”.
Or le 1er mai tout le monde est déjà “payé à ne pas travailler”, être payé “double” en venant travailler, c’est, en fait, être payé seulement une fois pour sa journée de travail… Pour bien comprendre on peut comparer avec le régime des heures supplémentaires : lorsque on fait des heures supplémentaires, on perçoit une rémunération pour les heures réalisées, c’est normal on a travaillé, on est payé pour les heures travaillées, mais comme c’est en plus du temps de travail, elles sont majorées (souvent à 25% en plus) parce que l’on vient justement travailler en plus du temps de travail “normal”. Là, avec le 1er mai, la proposition est de simplement payer une journée de travail en plus sans la majorer, ce n’est donc pas payé double mais simplement payé. On les remercie de nous payer pour travailler…
Quant au volontariat, les salarié·es savent à quel point il s’agit d’une fiction dans le contrat de travail caractérisé par le lien de subordination.
Comme pour le dimanche, les employeurs obligeront les salarié·es à travailler le 1er mai sous peine de licenciement, ou de non-recrutement (c’est-à-dire un chantage au moment de l’embauche). Croire que le ou la salarié·e peut refuser de travailler le 1er mai c’est croire qu’il ou elle négocie son contrat de travail… Envisager que des salarié·es puissent être volontaires révèle surtout que les salaires sont trop faibles ! Quand on a le choix, on est content d’avoir un jour férié comme le 1er mai.
Ce qui nous est proposé c’est la remise en cause d’un jour de repos rémunéré. Pour manifester, pour être avec ses proches, pour profiter d’un repos souvent bien mérité, pour avoir des temps de société partagés, défendons notre 1er mai ! L’ensemble des organisations syndicales le défend.
Comme le dit l’intersyndicale “cette journée fériée doit rester exceptionnelle car elle commémore les luttes pour les droits des travailleuses et travailleurs, depuis les manifestations mortelles, notamment en France avec la fusillade sanglante de travailleurs à Fourmies le 1er mai 1891. Remettre en cause le principe de cette journée, c’est remettre en cause plus de 100 ans de lutte sociale.”